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les protestants s'engagent pour une loi sur la liberté religieuse
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Reintroduced law jeopardizing status of some churches in Hungary
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2007-12-26
Paris, France
Ces chrétiens qu'on persécute
Dans un nombre croissant de pays, le simple fait d’être chrétien peut valoir l’exil forcé ou la mort. Les défenseurs patentés des droits de l’homme ont souvent tendance à l’oublier.

Une série d’événements importants prouvent cette année que le Vatican n’est plus seul à aborder la question de la survie des chrétiens et à dénoncer leur persécution, souvent systématique, dans les chrétientés d’Orient et d’Asie. En juin, Doudou Diène, le rapporteur des Nations unies sur les formes actuelles de discrimination, tirait officiellement la sonnette d’alarme : « Il y a actuellement une résurgence de cette christianophobie qui, paradoxalement, a été ignorée dans les débats internationaux. »

Le Collège de France venait lui-même d’accueillir un colloque dont l’intitulé, très universitaire – “Chrétiens du monde arabe : héritage et avenir” –, signalait un constat lucide, invitant à une réflexion sur ce thème.
Le 15 novembre, c’était au tour du Parlement européen de constater i><« la multiplication d’épisodes d’intolérance et de répression vis-à-vis des communautés chrétiennes ».>/i> Les députés européens adoptaient ce jour-là une résolution sur « de graves événements compromettant [leur] existence ». Le lendemain, un colloque international, placé sous le parrainage du ministère français des Affaires étrangères, posait cette question en forme d’alerte : “Quel avenir pour les chrétiens d’Orient ?”
Après les récents assassinats de pasteurs chrétiens en Turquie et le procès stalinien du père Ly au Viêtnam, les insultes antichrétiennes hebdomadaires du président vénézuélien Hugo Chávez, le bombardement du sanctuaire marial de Madhu au Sri Lanka, les vexations subies¬ dans tant d’autres pays musulmans, hindouistes ou bouddhistes, le monde commence à s’inquiéter du sort des chrétiens, plus particulièrement là où ils sont le plus menacés : en Asie, au Proche et au Moyen-Orient.

Pour Régis Debray, qui s’exprime ce mois-ci dans le Monde des religions, il ne s’agit pas « seulement de tirer un signal d’alarme mais d’affronter, yeux ouverts, un problème essentiel de civilisation ». Le philosophe et médiologue est formel : « La question des minorités va s’imposer à nous comme la grande question du siècle. »
L’Onu et l’Union européenne en ont déjà pris acte : les persécutions actuelles sont nouvelles dans leur essence car les persécuteurs sont des partis, des gouvernements ou des nébuleuses terroristes mettant en application des théories globales. Il ne s’agit plus d’individus isolés – un dictateur fou comme Néron ou un “paumé” en Belgique qui égorge le père De Leener en juin 2005 – mais d’initiatives coordonnées appliquant des programmes réfléchis. Les actes sont voulus, prémédités. Ils s’inscrivent dans une stratégie délibérée et cohérente.
On le vérifie dans les trois sources principales du nouvel antichristianisme que sont l’islamisme, les fondamentalismes hindouistes et bouddhistes, le communisme. Le phénomène fondamentaliste musulman est depuis quelques années la principale source de ces nouvelles persécutions. Pour comprendre sa haine radicale du “croisé”, il suffit de lire les programmes des mouvements les plus en vue, quelle que soit l’aire culturelle ou ethnique dans laquelle il s’exprime.

Dans de nombreux pays, la simple lecture de la constitution – établie sur la charia, la loi islamique – est édifiante. L’Arabie Saoudite est le cas le plus typique. Le culte catholique y est interdit aux centaines de milliers de chrétiens qui travaillent dans le pays. Ils ne peuvent même pas se réunir chez eux, pour une simple prière ! Dans le nord du Nigeria, en Afghanistan, au Pakistan, en Indonésie, en Malaisie, mais aussi en Algérie, depuis la loi “anticonversion” de mars 2006, la situation est quasi identique.
En Turquie, tout élève qui parle en classe du génocide arménien de 1915 est passible d’une punition. L’Église catholique turque demande sa reconnaissance officielle depuis 1970. En vain jusqu’à aujourd’hui. Pour faire bonne mesure, le gouvernement a confisqué, depuis 2002, les trois quarts des propriétés du patriarcat œcuménique.

L’église du Saint-Sauveur de Pristina transformée en toilettes publiques
Au Turkménistan, les rares prêtres présents doivent exercer leur ministère en faveur des seuls ressortissants étrangers. Au Bangladesh, la minorité chrétienne se garde bien de célébrer Noël, faute de protection policière. Au Kosovo, placé sous la tutelle officielle de l’Otan et de l’Onu, plus de cent cinquante églises et couvents ont été détruits depuis 1999. À Pristina, la capitale de la province, l’église du Christ-Sauveur a été transformée en toilettes publiques. Même dans les paisibles et séduisantes Maldives, les dirigeants doivent être obli¬gatoirement musulmans sunnites. Le culte catholique y est prohibé.
Ces pays d’islam ont développé une pensée structurée, à la fois philosophique et théologique, qui promeut la soumission ou l’élimination de fait, puis de droit, du christianisme. Le processus est toujours le même, afin d’instaurer un sentiment d’insécurité permanente : insultes, calomnies (comme dans les manuels scolaires égyptiens ou les BD du Hamas), crachats au passage du chrétien, menaces.
À Diyarbakir, la grande ville du sud-est de la Turquie, le principal imam a pu clamer dans un de ses prêches, sans apparemment choquer les autorités : « Les transferts d’organes sont licites sauf pour les prostituées, les drogués et les chrétiens. » Progressivement, la pression est telle que les jeunes filles chrétiennes se voient contraintes à porter le voile. Cela se vérifie depuis quelques années au Liban ou en Palestine.

Les enlèvements de prêtres ou de simples fidèles se sont multipliés aux Philippines et en Irak, à la faveur d’une campagne de terreur. « Les chrétiens sont poussés à l’exil pour fuir la violence de groupes fondamentalistes », constatait le 20 novembre le Secrétariat général du synode des évêques d’Asie.

Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, déplore la situation particulièrement douloureuse des chrétiens au Moyen-Orient : « La proportion des catholiques a été divisée par dix en Iran depuis 1973 et ne représente plus que 0,01 % de la population totale. Sur la même période, elle a été réduite de deux tiers en Irak, passant de 2,6 % à 1 %. En Syrie, les catholiques ne constituent plus que 1,9 % de la population contre 2,8 % en 1973. Enfin, en Israël et en Palestine, elle a été presque divisée par deux, passant de 1,9 % à 1 %. »

Ces départs affaiblissent les communautés chrétiennes et réduisent la liberté d’action de l’Église : « La carence de liberté religieuse se manifeste en particulier par des entraves à la communication entre communautés de fidèles et évêques, entre les évêques et le pape, l’interdiction de créer une conférence épiscopale ou l’obtention des visas pour les agents pastoraux, la limitation de la construction d’églises ou encore l’écartement de la vie publique. » Le catalogue des persécutions sanglantes en terre d’islam est un long martyrologe. Trop souvent, il semble laisser indifférent les défenseurs patentés des droits de l’homme.

Le fondamentalisme hindouiste inspire pour sa part des partis politiques importants comme le BJP (Bharatiya Janata Party fondé en 1980), très puissant dans certains États du sous-continent indien (Arunachal Pradesh, Orissa, Madhya Pradesh, Chhattisgarh…). Selon leur résultat électoral, ces partis exercent une forte influence sur les gouvernements locaux ou ils participent directement au pouvoir politique.
Leur idéologie vise la restauration de la “pureté originelle” de l’hindouisme (ou du bouddhisme au Sri Lanka). Cette quête passe par l’exclusion de tout ce qui est chrétien, tout ce qui est contraire à la “race indienne”. Les actions ne sont pas toujours violentes mais elles participent d’un “complot” comme l’a dénoncé, dès 2005, l’unique membre chrétien de la Commission nationale des minorités en Inde.
Souvent tolérés ou soutenus par le pouvoir central, ces extrémistes veulent “hindouiser” les esprits. Chaque année, le 25 janvier, ils veulent par exemple contraindre les élèves des écoles chrétiennes à observer le rite hindou du Surya Namaskar, cette pratique du yoga qui vise à offrir une prière au dieu soleil. Ils appliquent aux dalits chrétiens une véritable “double peine” en leur interdisant de bénéficier des avantages inscrits dans la Constitution en faveur des intouchables. Leur situation est telle que le secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises a crié son indignation : « L’Afrique du Sud a aboli l’apartheid, et c’est un péché de le pratiquer en Inde au XXIe siècle. »

Cette stratégie de vexations répétées cherche à habituer les gens aux actes plus violents, même les plus ignobles, comme les agressions filmées et diffusées à la télévision de pasteurs protestants en avril et en mai de cette année. La chape de plomb peut alors recouvrir une région ou tout le pays et les chrétiens entrer dans un tombeau social dont ils ne pourront plus sortir.
Bien qu’en retrait depuis une quinzaine d’années, le communisme reste l’une des grandes forces antichrétiennes de notre monde contemporain. L’ouverture des anciennes archives secrètes a permis de dévoiler l’horreur subie par les chrétiens dans les anciens pays communistes. Le “Rapport sur les persécutions religieuses en ex-URSS”, commandé par l’ancien président russe Boris Eltsine en 1995, avait livré ce chiffre effrayant : 200 000 prêtres assassinés par le régime soviétique ! Le “mur” du communisme n’est pas encore tombé. En Chine, au Viêtnam, en Corée du Nord ou à Cuba, la persécution se poursuit.
Le dossier de la Chine est particulièrement lourd, fait de persécutions exercées au quotidien. Des évêques et de nombreux prêtres sont détenus en prison. On ne sait rien de leur sort exact. Alors qu’il s’apprête à organiser les jeux Olympiques d’été, en août prochain à Pékin, le régime communiste a déjà prévu d’interdire aux délégations sportives de se présenter avec plus d’une bible par personne !

Source : Valeurs actuelles Thomas Grimaux /BIA
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