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2008-03-14
Paris, France
Il ne faut pas tuer l'Organisation des Nations unies
par Hélène Flautre, présidente de la sous-commission des droits de l'homme du Parlement européen

Des intellectuels de renom ont apposé leur signature à une pétition intitulée "L'ONU contre les droits de l'homme" (Le Monde du 28 février). Faisant mine de découvrir que l'Organisation des Nations unies affiche des performances démocratiques disparates, ils recommandent de s'en débarrasser suivant le bon vieil adage : "Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage !"

Oui, une offensive sans précédent a décidé de venir à bout du système international de promotion et de défense des droits de l'homme. Sous les coups de boutoir d'Etats liberticides comme la Russie et la Chine, sous l'offensive concertée d'Etats islamiques comme l'Iran ou le Pakistan, et avec l'impunité revendiquée d'Etats comme Israël ou les Etats-Unis, l'universalité des droits de l'homme vacille dangereusement. Oui, encore, le Conseil des droits de l'homme a prêté son enceinte à des déclarations inacceptables.

Nul ne peut nier que lors des négociations et de l'adoption du paquet constitutionnel global, la fronde fut dure pour défendre les droits de l'homme face aux tenants de la souveraineté. Ce sont les règles du jeu et le prix à payer pour la mise sur pied d'une instance internationale de défense des droits de l'homme. Faut-il pour autant la condamner ? C'est manifestement le choix de nos signataires.
C'est un choix irresponsable et contraire à la stratégie de l'Europe. Ont-ils décidé de priver les victimes des violations des droits de l'homme dans le monde de la seule instance internationale où ils sont en mesure de témoigner ? Souhaitent-ils les priver des travaux irremplaçables des rapporteurs spéciaux des Nations unies, sur la torture, sur la liberté religieuse et de conscience, sur les défenseurs des droits de l'homme, sur la lutte contre le terrorisme et les droits de l'homme, sur l'indépendance des juges et des magistrats, sur la liberté d'expression, sur les formes contemporaines de racisme ?

Dans quelques semaines, les mandats des rapporteurs spéciaux seront soumis à renouvellement. Là encore, le combat est permanent pour éviter que nominations et travaux ne tombent sous la mainmise des Etats. Les Européens, eux, ont choisi de jouer le jeu et de se battre. La pétition, elle, tombe à pic pour fragiliser le Conseil à un moment crucial de son avenir. Est-ce par seule méconnaissance de l'agenda des travaux du Conseil ?

Un débat difficile sur la liberté de religion et la liberté d'expression est en cours et la Conférence des pays islamiques fait le forcing pour criminaliser le blasphème. Que souhaitent les pétitionnaires ? Supprimer le débat alors que l'Assemblée générale de l'ONU vient d'adopter, après de fastidieuses négociations, une résolution qui replace strictement la perspective dans le champ du droit ? Se précipiter, à la suite des Etats-Unis, d'Israël et du Canada, pour boycotter Durban II ? Ou comme l'ont déjà assumé les Européens lors de Durban I en 2001, résister aux violences, obtenir de vrais engagements pour lutter contre le racisme et exiger un suivi régulier et sérieux de leur mise en oeuvre ?

CAMPAGNE DE PROPAGANDE

Les pétitionnaires ont-ils obtenu par d'autres moyens des résultats meilleurs pour endiguer l'escalade des extrémismes ? Alors que la fonction du haut-commissaire aux droits de l'homme des Nations unies devrait être placée sous le signe de l'indépendance, Louise Arbour, dont le professionnalisme et l'intransigeante rigueur ne sauraient être remis en question, reconnaît que la structure des Nations unies a limité la marge de manoeuvre de son mandat.

A la veille de son départ, questionner la moralité des Nations unies en participant à la campagne de propagande à son encontre est indigne. Si les Etats-Unis, non membres du Conseil, la souhaitent plus audible sur Cuba et l'Iran, c'est aussi pour la voir plus discrète dans son combat pour imposer le respect des droits de l'homme dans la lutte contre le terrorisme.

Si les signataires veulent s'engager pour les droits de l'homme, leur énergie serait mieux employée à garantir le respect des droits dans la lutte contre le terrorisme, à traquer les injustices et les discriminations que leurs propres sociétés génèrent, à soutenir le combat des démocrates au sein des dictatures, à oeuvrer de manière constructive dans les instances existantes de promotion et de défense des droits de l'homme plutôt qu'à les détruire, à constituer une communauté politique mondiale qui s'impose aux souverainetés nationales. L'heure n'est pas à liquider la crédibilité de l'ONU sauf à choisir le chemin de la guerre.

Source : Le Monde
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