Actualités et événements
les protestants s'engagent pour une loi sur la liberté religieuse
  Lire la suite
News & Events
Reintroduced law jeopardizing status of some churches in Hungary
  Find out more
News
2009-03-18
Genève, Suisse
Asma Jahangir, la Rapporteuse spéciale de l'ONU sur la liberté de religion, défend son bilan
Le 12 mars, Asma Jahangir, la Rapporteuse spéciale sur la liberté de religion ou de conviction, a présenté son rapport dans la Salle du Conseil des droits de l'homme à l'ONU, à Genève. Cette avocate pakistanaise, militante de longue date des droits des femmes, a plaidé pour le développement du dialogue interreligieux et pour la non-discrimination économique des minorités religieuses.

Dans le monde francophone, le Conseil des droits de l'homme a été accusé d'enterrer les droits humains et notamment l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme sur la liberté de religion. Comment réagissez-vous à une telle critique ?

Asma Jahangir - C'est une critique très générale dont je ne suis pas encore consciente. Si on me donne des exemples particuliers, je pourrais réagir à ces critiques. En aucun cas, je ne souhaite enterrer les droits de l'homme et l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Comme vous le savez, cette fonction de rapporteur a soulevé des oppositions, notamment par rapport à la liberté d'expression et de religion. Pour moi, la liberté d'expression doit être pleinement respectée. Il n'est donc nullement question d'enterrer les droits humains.

Quand on lit votre rapport annuel, on ne voit rien sur le Tibet, rien sur les fermetures d'Eglises chrétiennes en Algérie au cours de 2008, rien sur les difficultés des anciens musulmans qui ont changé de religions... Pourquoi ne dites-vous rien sur le Tibet ?

Il ne faut pas considérer uniquement mon rapport annuel qui est thématique. Il y a un autre rapport qui est élaboré par pays. Si vous parcourez ce rapport, vous trouverez la mention du Tibet et vous trouverez aussi mention de tous les incidents en lien avec le Tibet.

Quand avez-vous eu l'occasion pour la dernière fois de publier un rapport sur la Chine et par conséquent de mentionner le Tibet ?

Asma Jahangir - Certaines procédures nous sont imposées par le Conseil des droits de l'homme. Nous devons demander à un pays l'autorisation de le visiter. Après l'obtention de cette autorisation, nous pouvons le visiter et faire un rapport sur ce pays. Depuis de nombreuses années, j'ai une demande de visite pendante auprès de la Chine. Tant que le gouvernement chinois ne m'invite pas, je ne peux pas y aller. Mais chaque année, dans le rapport que je soumets, je mentionne la Chine.

Dans le rapport que vous avez présenté jeudi dernier, on n'entrevoit aucune mention des difficultés des chrétiens dans les pays musulmans. Pourquoi, par exemple, n'avez-vous rien dit sur les violations de la liberté de religion des chrétiens en Algérie en 2008 ?

Asma Jahangir - Le rapport que j'ai soumis cette année concernait les droits économiques et sociaux des minorités religieuses. J'ai aussi publié des rapports concernant 6 pays particuliers. La déclaration que j'ai faite devant le Conseil des droits de l'homme est limitée à 15 minutes. Elle doit refléter ce que je dis dans ces différents rapports. Si je commençais à évoquer chaque situation particulière, cela durerait bien plus que 15 minutes.

Dans votre rapport de cette année, vous encouragez les pays à développer le dialogue interreligieux et l'enseignement de la tolérance dans les écoles. En quoi ces deux démarches permettraient-elles de lutter contre les violations de la liberté de religion ?

Asma Jahangir - Dans mon rapport, je n'ai pas parlé de manière classique du dialogue interreligieux. Je plaide pour un dialogue interreligieux qui permette aux participants de se confronter les uns aux autres et d'aborder les situations qui ne sont pas conformes aux droits humains. Le dialogue ne doit pas se contenter de parler de questions non problématiques. A mon sens, il ne doit pas non plus se limiter à des responsables de groupes religieux. Il doit intégrer des personnes sans convictions religieuses et des femmes.

Je plaide aussi pour la mise en place dans chaque pays d'un groupe de réflexion interreligieux permanent. Ce groupe aura pour mission de considérer les lois, leur développement, la politique et la question des minorités religieuses du point de la liberté de religion. Ceci afin que les gouvernements poursuivent une politique qui promeuve la tolérance et défie les actes d'intolérance.

Avez-vous l'impression depuis 2001 que la situation de la liberté de religion et de conviction s'est péjorée dans le monde ?

Asma Jahangir - La situation de la liberté de religion n'était pas particulièrement bonne en 2001 et elle s'est péjorée depuis. Les lignes de fracture sont plus marquées et la polarisation s'est accrue. Le 11 septembre n'a rien apporté de positif pour consolider l'harmonie entre les religions, mais il est temps pour nous d'avancer. Il est temps de regarder en nous-mêmes. Nous avons tendance actuellement à nous blâmer les uns les autres, plutôt qu'à regarder dans notre propre société et à considérer ce qui est en train de s'y passer. A mon sens, la première chose à faire, c'est de considérer ce qui se passe dans notre propre société, puis de regarder au-delà. Voilà une approche qui me paraît saine.

A l'avenir, que devrait développer l'ONU pour défendre mieux la liberté de religion et de conviction ?

Asma Jahangir - Premièrement tous les gouvernements devraient de façon résolue s'élever au-dessus des lignes de démarcations religieuses. Ils doivent être beaucoup plus proactifs dans la protection des droits humains. Si vous regardez à la liberté de religion et de conviction, ce qui est important ce n'est pas à quelle religion ou conviction vous appartenez, ce qui est important, c'est que c'est un droit humain ! Ce n'est pas un droit séparé des autres normes et standards en matière de droits humains.

Deuxièmement, les gouvernements doivent reconnaître le fait que les gens à la base souhaitent bénéficier de plus de droits que leur gouvernement est prêt à leur accorder. Lorsque je visite un pays pour une mission de l'ONU, j'ai l'impression que les gouvernements avancent à quatre pattes pendant que les gens courent. Ce fossé est très problématique et peut créer des problèmes pour de futurs gouvernements.

Agence ProtestInfo, Serge Carrel, Lausanne/Suisse/BIA
  Retour