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2009-11-30
Genève, Suisse
Pas de construction de minarets en Suisse
Les minarets ne pourront plus être érigés en Suisse. L'initiative populaire « contre la construction » de ces tours ornant les mosquées a été clairement acceptée dimanche 29 novembre par référendum, ce qui constitue une surprise. Près de six votants sur dix se sont prononcés en faveur de cette initiative, considérée par ses opposants comme une menace pour la paix religieuse en Suisse.

L'initiative anti-minarets était donnée perdante par les sondages. Elle a pourtant clairement passé la rampe, recueillant 1.534.054 voix, soit 57,5%. Le "non" a obtenu 1.135.108 voix, soit 42,5%. Le taux de participation a atteint 53,4%.
Lancée par des membres de l'Union démocratique du centre (UDC, droite populiste) et de l'Union démocratique fédérale (UDF, droite chrétienne), l'initiative « contre la construction de minarets » avait été déposée en juillet 2008 avec plus de 113.000 signatures valables.
Demandant d'inscrire dans la Constitution fédérale la phrase « la construction de minarets est interdite » elle nécessitait la double majorité du peuple et des cantons. L'UDC était le seul parti gouvernemental à recommander le "oui".

Affirmant que l'initiative n'était pas dirigée contre l'islam ou les musulmans, ses promoteurs disent s'opposer à une "islamisation sournoise de la Suisse". Ils estiment que le minaret n'a pas de fonction religieuse et qu'il n'est d'ailleurs pas cité dans le Coran. Selon eux, cet édifice signalant la présence d'une mosquée est le « symbole d'une revendication de pouvoir politique et sociale de l'islam ». Il serait instrumentalisé par des intégristes qui chercheraient à imposer "la charia" en Suisse, ont-ils dit.
Jugé contraire à des droits fondamentaux comme la liberté de religion ou le principe de non-discrimination, le texte était combattu par le Conseil fédéral (gouvernement) et le Parlement. Ceux-ci ont mis en garde contre des conséquences négatives sur la paix religieuse et en matière de politique extérieure.

Les opposants estimaient que l'initiative n'allait résoudre aucun problème mais en créer de nouveaux en exacerbant les fanatiques religieux. Déjà lors de son dépôt et de manière inhabituelle, le Conseil fédéral avait immédiatement pris position en s'opposant fermement au texte.
La campagne de votation avait été marquée par un vif débat et une polémique autour de l'une des affiches en faveur de l'initiative. Représentant une femme en burqa noire avec sept minarets noirs fichés sur le drapeau suisse, les affiches avaient été interdites dans plusieurs villes, dont Lausanne et Fribourg. Les promoteurs de l'initiative ont dénoncé une forme de censure. La crise avec la Libye s'est par ailleurs à plusieurs reprises invitée dans le débat.

Il existe actuellement quatre minarets en Suisse : au Petit-Saconnex à Genève, à Zurich, Winterthour (canton de Zurich) et Wangen bei Olten (canton de Soleure). Un recours a été déposé contre l'autorisation d'en construire un à Langenthal (canton de Berne).
« Le peuple suisse et les cantons ont accepté à la majorité l'initiative populaire 'contre la construction de minarets », a déclaré dans un communiqué le Conseil fédéral, qui « respecte cette décision »

« La construction de nouveaux minarets est désormais interdite en Suisse. Les quatre minarets existants ne sont pas concernés. Il reste également possible de construire des mosquées. Les musulmans de Suisse peuvent donc toujours pratiquer leur religion, comme ils le faisaient jusqu'à présent, individuellement ou en réunion avec d'autres », précise le communiqué.

La Conférence des évêques suisses (CES), qui s'était engagée pour le rejet de l'initiative sur les minarets, a estimé que « la décision du peuple représente un obstacle et un grand défi sur le chemin de l'intégration dans le dialogue et le respect mutuel ».
« Le ressentiment a pris le dessus » a de son côté déploré Saida Keller-Messahli, président du Forum pour un Islam progressiste. Selon elle, l'initiative aura des conséquences judiciaires car elle viole le principe de la liberté de religion.

Quelque 400.000 musulmans vivent en Suisse sur une population totale d'environ 7,6 millions d'habitants, selon une estimation de la Fédération d'organisations islamiques de Suisse (FOIS), sur la base du dernier recensement de la population réalisé en 2000. A l'époque, on dénombrait environ 311.000 musulmans. La Suisse compte 150 lieux de prières et seulement quatre minarets debout.

Source : AP/Nouvel observateur/Figaro/France Info/BIA
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