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2012-01-18
Le Caire, Egypte
L’université Al-Azhar s’engage pour la liberté religieuse
La plus haute autorité de l’islam sunnite vient d’adresser aux égyptiens un document où elle souligne la nécessité de respecter les libertés fondamentales du peuple. Parmi celles-ci figure la liberté de religion, d’opinion, de recherche scientifique et de créativité artistique.

À en croire le P. Samir Khalil Samir, il s’agit là d’un « grand pas en avant » pour l’Égypte. Dans une tribune publiée sur le site d’information italien AsiaNews, ce jésuite né au Caire en 1938, professeur de sciences religieuses à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, décrypte un document diffusé il y a quelques jours par l’université islamique Al-Azhar, au Caire.

Dans cette déclaration dense et argumentée, la plus haute autorité islamique d’Égypte – et l’autorité sunnite la plus influente au monde – se prononce en faveur de la liberté de religion, d’opinion, de recherche scientifique et de créativité artistique. C’est dire si de tels propos sont de nature à rassurer les coptes d’Égypte, alors que le printemps arabe laisse craindre une radicalisation de l’islam égyptien.

C’est le deuxième document présenté par Al-Azhar à la nation égyptienne depuis la révolte de la place Tahrir. Le premier avait été publié le 11 juin dernier. Mais ce nouveau texte aborde de front les points qui inquiètent chrétiens et musulmans modérés, alors que les dernières élections ont validé le poids des Frères musulmans.

« Le concept islamique de liberté est différent de celui prôné en Occident »

Pour le P. Samir Khalil, ces orientations témoignent de la volonté d’ouverture impulsée par le nouveau recteur, Ahmed El Tayyeb, nommé en 2010. Depuis son arrivée, cet ancien étudiant de la Sorbonne s’efforce de rendre à l’université son indépendance et de prôner un islam modéré.

Ce texte promeut un islam d’ouverture, en particulier dans le domaine scientifique : l’université rappelle que l’islam était autrefois à la pointe de la recherche scientifique, tandis qu’aujourd’hui seul l’Occident paraît être créatif en la matière. Il est donc temps, selon elle, que le monde musulman « se réveille ». Quant à la création littéraire, Al-Azhar souligne l’importance de laisser à chaque intellectuel la « liberté de s’exprimer », avec pour limite de « ne pas heurter la sensibilité religieuse du peuple ».
Dans ces deux points, analyse le P. Samir Khalil, on entrevoit « une critique de l’Occident » ; l’affaire des caricatures danoises est toujours « vivante » dans le monde arabe, explique-t-il. « En cela, le concept islamique de liberté est différent de celui prôné en Occident. Mais, ajoute-t-il, il est à noter qu’il est tout autant proscrit d’offenser les deux autres religions révélées, c’est-à-dire christianisme et judaïsme ».

Un document « bien apprécié des chrétiens »

L’université Al-Azhar insiste par ailleurs sur la nécessité d’« une harmonie » entre les principes de la charia et les droits humains fondamentaux, reconnaissant la valeur de la charte des Nations unies sur les droits de l’homme.
Al-Azhar précise qu’il n’y a pas de conflit entre démocratie et charia, allant jusqu’à critiquer les tendances islamistes qui ne sont « pas conformes » à l’évolution de l’Égypte moderne. Une façon, selon le P. Khalil, de « critiquer les tendances islamistes, les salafistes ». Toutefois, regrette le jésuite, s’il reconnaît « la liberté religieuse », ce texte « évite le problème fondamental de la conversion ».
Selon un observateur chrétien sur place contacté par La Croix, ce document, ainsi que celui de juin sur la vision de la société égyptienne comme un État démocratique civil, « sont bien appréciés par des chrétiens » même si « des craintes demeurent ». Il met ainsi en garde : « Il n’y a pas d’“islam égyptien” : il y a différents groupes de musulmans. Certains vont respecter les chrétiens, car ils ont vécu toujours avec eux, et un bon nombre a fréquenté des écoles catholiques. D’autres ont déjà fait des déclarations antichrétiennes ». Selon lui, « il y a une immense incertitude sur l’avenir en ce moment ».

Source : La Croix/BIA
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