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2007-05-31
Sartrouville, France
L'église des cités n'aura pas de cloche
C'est pour ne pas « provoquer » la population des alentours, à majorité ici et là, qui appellent à verser son obole que cette église n'aura pas de cloche.

Car ce chantier est particulier. Situé sur le plateau de la deuxième plus grosse ville du département, en plein coeur des cités sensibles, c'est une église qui est en train de sortir de terre, comme l'atteste le clocher carré orné de la croix et déjà achevé. Un événement en soi dans un quartier classé « zone urbaine sensible ». Et une construction d'autant plus notable que, pour ne pas « provoquer » la population du quartier, à majorité musulmane, l'édifice n'aura pas de cloche. En lieu et place du bourdon, des vitraux seront éclairés par un projecteur, faisant du bâtiment un lieu illuminé mais... muet.

Un choix revendiqué. « Les chrétiens ne sont pas les seuls habitants du quartier, explique le père Alexandre de Bucy, le curé de la paroisse Saint-Vincent-de-Paul qui recouvre le nord de Sartrouville. « Beaucoup ne partagent pas notre foi, même s'ils nous respectent. Par égard pour les habitants tout proches qui n'ont pas eu de cloche jusqu'à présent, nous ne voulions pas non plus en mettre. » Les fidèles ne semblent pas s'en émouvoir. « Une église sans cloche, ce n'est pas très normal, mais bon, ça ne me choque pas », laisse tomber Alvin, 16 ans.

Des yeux d'un bleu profond, un traditionnel col romain sur une chemise grise, le père de Bucy a l'air ravi. Le jeune prêtre de 36 ans regarde l'avancée de son chantier avec gourmandise. L'église Jean-XXIII qui s'élève devant ses yeux est érigée à l'emplacement d'un ancien lieu de culte catholique devenu trop petit face à l'affluence de nouveaux pratiquants, notamment les jeunes. Il faut dire que la pratique religieuse a le vent en poupe dans les quartiers.

Islam, judaïsme, protestantisme ou catholicisme connaissent un regain inédit dans les tours et dans les barres des cités difficiles. À quelques centaines de mètres du chantier, derrière le parc Léo-Lagrange, les musulmans ont ainsi ouvert une salle de prière tandis que, de l'autre côté, les salafistes ont investi les caves de la cité des Indes. Des lieux de culte eux aussi silencieux.

Rénovation urbaine

Entre les uns et les autres, la cohabitation se déroule sans heurts, même si des incidents surgissent parfois. L'ancien lieu de culte catholique sur lequel s'élève la future église Jean-XXIII a ainsi fait l'objet d'une agression il y a trois ans. Un cocktail Molotov lancé dans les salles avait alors provoqué des dégâts peu importants, mais suscité une vive émotion. « À l'époque, l'ensemble des communautés religieuses, en premier lieu les musulmans, nous avait soutenus », se rappelle le père de Bucy.

Aujourd'hui, la situation est largement pacifiée. « Nos quartiers ont fait l'objet d'une importante politique de rénovation urbaine, se félicite le maire (UMP) de Sartrouville, Pierre Fond. Ils commencent aujourd'hui à être recherchés par de nouveaux locataires, car la délinquance y a reculé très fortement. »

Dans le quartier du Plateau, entre la cité des Indes, la cité Gagarine, la cité Flaubert et la cité du Tonnerre, la population, à majorité musulmane, ne manifeste pas la moindre hostilité à l'égard de la nouvelle église. Au contraire, les passants sont même surpris par l'absence de cloche. « C'est un peu bizarre une église sans cloche, non ? », s'interroge ainsi Anounou, un musulman de 33 ans.

Une interrogation qui ne trouble pas le père de Bucy. Originaire de Versailles, le jeune curé a fait ses classes au Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie. Son église, située en plein coeur de ce quartier difficile, au milieu des magasins halal, n'avait pas, elle non plus, de cloche.
Source : Le Figaro, 5 mai 2007
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