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2019-02-09
Chine
Les formulaires d’enregistrement des croyants : un outil de répression utilisé par les autorités
L’obligation de divulguer son appartenance religieuse place les croyants face à un dilemme : trahir leurs croyances ou avoir des ennuis.
Deng Yi, une chrétienne membre de la Véritable Église de Jésus, et son fils, étudiant dans une université de la province côtière du Shandong, à l’est de la Chine, se sont récemment retrouvés face à un dilemme : compromettre leur avenir sur terre ou renier Dieu devant les autres.

C’est parce que l’université où étudie le fils de Deng Yi a initié une nouvelle pratique : publier des formulaires de vérification des croyances religieuses. Ceux qui ont le courage d’indiquer qu’ils sont croyants s’attirent rapidement des ennuis auprès des enseignants. Certains sont punis. Toute leur vie de croyant est même documentée pour toujours, ce qui a un impact important sur leur avenir, sur leur carrière.

Malgré les risques qui pèsent sur son avenir, le fils de Deng Yi n’a pas voulu indiquer sur le formulaire qu’il n’était pas croyant, pensant que ce serait une offense à Dieu.

Alors, que faire ?

Il a demandé à sa mère, laquelle s’est alors tournée vers d’autres chrétiens de son Église pour demander conseil. Elle a alors découvert que beaucoup d’entre eux étaient dans le même bateau. Eux aussi se trouvent dans une situation où ils sont obligés de choisir entre leur avenir et leur foi lorsqu’ils signent les sondages.

Comme l’a rapporté Bitter Winter, les questionnaires et les formulaires destinés à enregistrer les données personnelles sur les croyants sont distribués à tous les croyants à l’échelle nationale en Chine. Les croyants de toutes confessions dans les écoles, les institutions publiques, les entreprises dans tous les quartiers et toutes les communautés sont obligés de les remplir. Dans ces formulaires, les croyants sont en général tenus d’y inscrire des informations personnelles comme leur nom, le numéro de leur carte d’identité, leur adresse personnelle, leur profession, leur appartenance ou non au parti, le rôle qu’ils occupent au sein de l’organisation religieuse, ainsi que les noms des membres de leur famille, leurs adresses et leurs lieux de travail.

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Un tableau contenant des informations agrégées sur les croyants d’un quartier de la province du Shandong, à l’est de la Chine.
« Le gouvernement sait que pour les chrétiens, ce type de sondage n’est pas aussi simple que de remplir un formulaire et de le signer », a dit Deng Yi. « Grâce à ce genre de méthode, ils peuvent filtrer beaucoup de chrétiens, et en particulier, ceux qui ne sont pas prêts à renier Dieu. Ces derniers sont souvent des chrétiens qui sont enracinés dans leur foi. Pour le PCC, ces stratégies ne coûtent presque rien ; pour les chrétiens, elles ne sont rien d’autre qu’une guerre spirituelle. »

Finalement, Deng Yi et son fils ont décidé d’écrire sur le formulaire qu’ils « sont croyants ».

« Si le pire devait arriver, nous n’aurions besoin de rien d’autre que du Seigneur Jésus », a dit Deng Yi.

Pour les chrétiens, cette décision leur coûte beaucoup.

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Un tableau contenant des informations agrégées sur les croyants de foi chrétienne dans un village de la province du Shandong, à l’est de la Chine.
Chen Lin, un nouvel étudiant dans une université de la ville de Zhengzhou, dans la province du Henan au centre de la Chine, a répondu sincèrement dans le sondage qu’il était chrétien. Son conseiller a alors menacé de l’expulser immédiatement de l’université s’il apprenait qu’il assistait à des offices religieux. On l’a également averti de ne pas porter de croix et de ne pas faire de prosélytisme à l’école. Depuis, Chen Lin et ses camarades de classe sont obligés de se réunir en secret à l’extérieur du campus.

Xiao Liu, étudiant en médecine dans une université dans la province côtière du sud-est de Fujian, a admis sur un formulaire qu’il était croyant. Il est alors devenu une « personne suspecte »dans son université. Les enseignants de cet établissement ont même réprimandé des élèves chrétiens devant leurs camarades de classe.

« De plus en plus de formulaires comme celui-ci sont en train d’être distribués », a dit Xiao Liu. « Lorsque vous choisissez vos conseillers pédagogiques à l’université, peu importe ce que vous voulez faire —faire un rapport ou un stage — vous devez remplir un formulaire et la plupart des formulaires interrogent les étudiants sur leurs croyances religieuses. Si vous voulez servir dans l’armée, rejoindre le parti, chercher un emploi, passer un examen pour devenir fonctionnaire ou vous présenter pour devenir fonctionnaire au village, vous devez également vous rendre au bureau des autorités dans le village où votre lieu de résidence est enregistré pour obtenir un certificat garantissant que vos proches n’ont aucune croyance religieuse, sinon, vous serez totalement rejeté. »

Comme nous l’avons expliqué dans un article précédent, les formulaires papier remplis par les croyants sont ensuite compilés par les autorités locales dans des tableaux « d’enquête statistique » organisés par confession religieuse (ils contiennent aussi des données agrégées sur le nombre de croyants enregistrés, leur tranche d’âge, leur sexe, leur éducation, etc.). Les tableaux sont ensuite importés dans une base de données nationale.

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Un tableau contenant des informations sur les croyants de confession bouddhiste d’un village de la province du Shandong, à l’est de la Chine.
Les gens n’ont même pas le droit de refuser de remplir le formulaire. Leur refus pourrait être interprété par les autorités comme un aveu de leur foi et pourrait donc leur valoir de faire l’objet d’une enquête.

Il y a cinq ans, Wu Fang de la ville de Fuqing de Fujian qui est chrétienne membre de l’Église de Dieu Tout-Puissant, a été arrêtée et détenue pendant 27 jours. En juin 2018, un agent des autorités de son village a exigé qu’elle signe une déclaration où elle s’engage à renoncer à sa foi. Elle a refusé.

Deux mois plus tard, alors qu’elle s’occupait des modalités de construction de son logement familial, des représentants du gouvernement lui ont apporté deux documents : la demande de construction pour sa maison et la déclaration qu’elle avait refusée de signer. Ils lui ont dit que si elle refusait à nouveau de signer, la construction de sa maison ne serait pas approuvée. Une fois de plus, Wu Fang a refusé.

Deux mois plus tard, lorsque Wu Fang est allée payer son assurance maladie, on lui a également demandé de signer un document affirmant qu’elle ne croit plus en Dieu avec ses empreintes digitales (pour signer). On lui a dit que si elle refusait, elle n’aurait pas droit à l’assurance maladie.

Ce type de pratique est encore plus répandu dans le Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, où les croyants sont contraints d’abjurer devant un public. S’ils ne se résignent pas à le faire, ils seront soupçonnés d’« héberger Dieu dans leur cœur ».

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Un tableau des membres de xie jiao et de Qi Gong dans un village de la province du Shandong, à l’est de la Chine.
Dans une ville du Xinjiang, au nord de la Chine, Wen Yongqiang et trois autres membres de l’Église de Dieu Tout-Puissant qui avaient été arrêtés et libérés par la suite, ont été invités à lire la déclaration dans laquelle ils s’engagent à renoncer à leur foi devant une audience lors d’une cérémonie de lever du drapeau en avril dernier. Leur refus de le faire serait la preuve de leurs problèmes idéologiques et ils seraient alors envoyés dans des centres pour « étudier ».

Comme les autorités locales n’ont eu de cesse de faire pression sur Wen Yongqiang pour qu’elle signe la déclaration, elle a préféré s’enfuir.

(Tous les noms sont des pseudonymes.)

Reportage : An Xin

Bitterwinter

https://fr.bitterwinter.org/formulaires-denregistrement-des-croyants-outil-de-repression-utilise-par-autorites/
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